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  • La belle cordière encore

     

    Encore Louise Labé dite la Belle Cordière.

    Lyon a donné son nom à une rue mais en le contractant : rue Bellecordière au lieu de rue de la Belle Cordière;pouvais je mieux tomber ? après la Belle Paule  dans la ville rose , la rue de Louise Labé: au moins, chaque matin, à l"heure d'entamer le dur labeur du jour , trouverai je dans cette évocation un petit sursaut d'énergie ...

    Là, c'est le bout de la rue quand on la prend à l'envers: le clocheton est celui des Hospice civils, le bâtiment historique des anciens hopitaux .

    medium_lyon-hotel_dieu-clocher.jpg
     
     

     Un petit retour sur la belle Paule:

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    Fresque de Rachou - salle des Illustres - le Capitole - Toulouse 
     
    et à nouveau la Belle cordière 
     
    medium_Louise_Labe.jpg
     
    dont je vous livre quelques vers de son élégie sur le baiser... ah, qu'elle devait en donner de savoureux pour en parler si bien!
     
    La Bouche 
     
    Bouche belle,Bouche bénigne,
    Courtoise,clère, coralline ,
    Doulce, de myne désirable .
    Bouche à tous humains admirable,
    Bouche quand premier je te vey
    Je fus sans mentir tout ravy,
    Sur le doux plaisir et grand ayse
    Que reçoit l'autre qui te baise:
    .................
    Bouche se mourant d'un baiser,
    Pour toute douleur appaiser,
    Bouche riant, plaisante bouche,
    Qui baille devant qu'on la touche.
    etc....... 
     
    Ne vous privez pas,Belles Lectrices,de lire cette élégie de bout en bout; elle contient tout le sentiment amoureux et d'un clic sur cette bouche, vous l'aurez en entier.
    Moi, j'en suis tout remué. 
     
  • Baise m'encor', rebaise moi et baise

    Ne fuyez pas, belles lectrices, rien de graveleux dans cette invite car vous avez reconnu les premiers vers du célèbre sonnet  de Louise Labé.

    medium_labe.3.jpg

     Louise Labé , dite la belle Cordière ou encore la Belle rebelle, est née à lyon vers 1520-1526 ; son père était cordier ; elle même fut mariée à un cordier de 30 ans son ainé; ce n'est sans doute pas à lui que s'adressaient les vers brûlants de ce sonnet :

    Baise m'encor, rebaise-moi et baise;
    Donne m'en un de tes plus savoureux,
    Donne m'en un de tes plus amoureux:
    Je t'en rendrai quatre plus chauds que braise.

    Las ! te plains-tu ? Çà, que ce mal j'apaise,
    En t'en donnant dix autres doucereux.
    Ainsi, mêlant nos baisers tant heureux,
    Jouissons-nous l'un de l'autre à notre aise.

    Lors double vie à chacun en suivra.
    Chacun en soi et son ami vivra.
    Permets m'Amour penser quelque folie:

    Toujours suis mal, vivant discrètement,
    Et ne me puis donner contentement
    Si hors de moi ne fais quelque saillie.

     

    Elle fut, dit on, une grande amoureuse, elle qui se serait donnée à 16 ans à un homme de guerre, si l'on en croit ce qu'elle nous en dit :

    " Je n'avais vu encore seize hivers

     Lorsque j'entrai en ces ennuis divers "

    mais il faut retenir d'elle, outre l'admirable poétesse, la femme étonnante pour son temps qui plaidait pour un plus juste équilibre dans les relations entre les hommes et les femmes et dont les amours nombreuses qu'on lui prêta n'étaient que la volonté et le désir de disposer de sa vie.

    Une des premières, aussi, à donner voix à l'expression féminine de la passion: une femme peut oser déclarer son désir sans attendre de se sentir désirée: 

    "Je vis, je meurs: je me brûle et me noie,
    J'ai chaud extrême en endurant froidure;

     ....."
    et qui disait "le plus grand plaisir qu'il soit après l'amour, c'est d'en parler ".

     D'elle, on pourrait écrire encore beaucoup plus ; laissons nous emporter par la vie qui jaillit de ses poèmes, sensuelle et forte et brûlante de passion exprimée.

     Elle fut une des plus grandes représentantes de l'Ecole lyonnaise de poésie de la Renaissance avec Pernette du Guillet et Maurice Scève .

     

    Elle inspira bien des vers aux hommes qui aimèrent cette femme libre ; bien plus tard, même Aragon :

    Je l'imagine, elle a les yeux noisettes
    Je les aurais pour moi bleus préférés
    Mais ses cheveux sont blonds comme vous êtes
    ô mes cheveux mordorés et dorés

     Mais elle disait si bien l'Amour :

     

    "Ô doux regards, ô yeux pleins de beauté

    Petits jardins pleins de fleurs amoureuses

    Où sont d'Amour les flèches dangereuses,

    Tant à vous voir mon oeil s'est arrêté !"
    .............