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  • Ce toit tranquille.....

    De passage à Sète sous un soleil d'été, comment empêcher les vers sublimes du cimetière marin de s'égrener en nous en même temps que le pas se fait lourd pour monter les pentes du mont St Clair?

     Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
    Entre les pins palpite, entre les tombes;
    Midi le juste y compose de feux
    La mer, la mer, toujours recommencée
    O récompense après une pensée
    Qu'un long regard sur le calme des dieux!

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    Quel pur travail de fins éclairs consume
    Maint diamant d'imperceptible écume,
    Et quelle paix semble se concevoir!
    Quand sur l'abîme un soleil se repose,
    Ouvrages purs d'une éternelle cause,
    Le temps scintille et le songe est savoir.

     

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    ......................
    Temple du Temps, qu'un seul soupir résume,
    À ce point pur je monte et m'accoutume,
    Tout entouré de mon regard marin;
    Et comme aux dieux mon offrande suprême,
    La scintillation sereine sème
    Sur l'altitude un dédain souverain
     
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     ...............................

    O pour moi seul, à moi seul, en moi-même,
    Auprès d'un coeur, aux sources du poème,
    Entre le vide et l'événement pur,
    J'attends l'écho de ma grandeur interne,
    Amère, sombre, et sonore citerne,
    Sonnant dans l'âme un creux toujours futur!

    ................................................

     Zénon! Cruel Zénon! Zénon d'Êlée!
    M'as-tu percé de cette flèche ailée
    Qui vibre, vole, et qui ne vole pas!
    Le son m'enfante et la flèche me tue!
    Ah! le soleil . . . Quelle ombre de tortue
    Pour l'âme, Achille immobile à grands pas!

    ..........

     

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    Le vent se lève! . . . il faut tenter de vivre!
    L'air immense ouvre et referme mon livre,
    La vague en poudre ose jaillir des rocs!
    Envolez-vous, pages tout éblouies!
    Rompez, vagues! Rompez d'eaux réjouies
    Ce toit tranquille où picoraient des focs!

    Paul Valery

     Je ne me lasse pas de lire et relire ces vers dont l'hermétisme n'a d'égal que la puissance évocatrice.

    La Grèce avec ses Dieux antiques est là, à nos pieds, sous nos yeux; nul besoin d'y courir sous les chaleurs accablantes de ses saisons trop chaudes car

    "...Une fraîcheur, de la mer exhalée,
    Me rend mon âme . . . O puissance salée!
    Courons à l'onde en rejaillir vivant. ..."

    et revenir, oui..revenir !

    Vous pouvez l'arpenter ici ; le chemin est long, je n'en ai cité que quelques bornes

  • Galop encore

    J'ai l'humeur cavalière  en ces belles journées de printemps...
    et le petit poulain deviendra grand
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    Je l'avais saisi par la bride;
    Je tirais, les poings dans les noeuds,
    Ayant dans les sourcils la ride
    De cet effort vertigineux.

    C'était le grand cheval de gloire,
    Né de la mer comme Astarté,
    À qui l'aurore donne à boire
    Dans les urnes de la clarté;
    ......................
    Moi, sans quitter la plate-longe,
    Sans le lâcher, je lui montrais
    Le pré charmant, couleur de songe,
    Où le vers rit sous l'antre frais.

    Je lui montrais le champ, l'ombrage,
    Les gazons par juin attiédis;
    Je lui montrais le pâturage
    Que nous appelons paradis.

    – Que fais-tu là? me dit Virgile.
    Et je répondis, tout couvert
    De l'écume du monstre agile:
    – Maître, je mets Pégase au vert.

    Victor Hugo - Le cheval  ( Les Chansons des rues et des bois) - extraits

  • Un 8 mai au galop

    Non ce n'est pas un galop vers le monument aux morts pour célébrer l'armistice.

    Le 8 mai 1904, E Eadweard J. Muybridge décédait à 74 ans; on ne se souvient plus tellement de lui; il fut pourtant un des pionniers de la photographie et un des précurseurs de la technique du cinématographe.

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    On lui doit, en particulier, la célèbre étude photographique du cheval au galop:

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    A l'époque une polémique existait sur la course du cheval, certains prétendant qu'au galop il avait toujours au moins un pied qui touchait le sol. Marey, un physiologiste français soutenait le contraire; aussi en 1878, un riche propriétaire de chevaux organisa un concours pour mettre fin au débat.

    Muybridge au moyen de 24 appareils photo disposés le long de la piste de l'hippodrome réalise la série de photos ci dessus qui, en décomposant le mouvement, prouve que le cheval au galop est, pendant un temps, en complète suspension. 

     

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    A la suite de cette première décomposition du mouvement, il entreprit une exploitation systématique de ce procédé. En 1881, il mit au point le zoopraxiscope, projecteur lui permettant de recomposer le mouvement à travers la vision rapide et successive de ces phases décomposées.

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    Jusque là, les artistes ne savaient pas représenter avec exactitude le mouvement des chevaux au galop :

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    Théodore Géricault (1791-1824) - le derby d'Epsom - 1821
    .
    Après Muybridge  leur représentation en fut évidemment transformée .

     

  • de Laure à Henri IV

    Laure dans son gentil commentaire sur " formi...formidable " (cf. le billet du 30 avril ) fait remarquer  (ingénument ?) : "Qu'il est bon de croire qu'une femme puisse avoir autant d'influence sur un homme! ".

    Ne faites pas que le croire, chère Laure, l'histoire est truffée d'exemples qui confirment et illustrent ce que vous suggérez.

    Ainsi de notre bon roi Henri, encore de Navarre et en pleine conquête de son futur royaume qui manqua à plusieurs reprises d'exploiter des succès quasi acquis, non par défaut de clairvoyance militaire - il était fin stratège et le plus grand homme de guerre de son temps - mais tout bonnement par son penchant immodéré pour le beau sexe qu'il conquérait hardiment mais dont il eut à subir trop souvent la néfaste influence ( militairement parlant, mesdames , ne braquez pas derechef vos escopettes contre le pauvre nicéphore).

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     c'est ça, paraît il, une escopette


    Ainsi de la calamiteuse suite de son éclatante victoire de Coutras en octobre 1587 sur les catholiques du duc de Joyeuse qui ,descendant à marches forcées vers le sud ouest, voulait empêcher le Béarnais de faire la jonction avec les troupes de ses alliés, les princes allemands; fort de 8000 hommes et de 2000 cavaliers, Joyeuse fut cependant défait , laissant plus de 3000 morts sur le terrain.

    Que devait faire le Béarnais ? en toute logique militaire, remonter vers le nord où ses alliés allemands l'attendaient du côté de Montargis; le sort des armes lui était favorable et n'aurait pas manqué de lui donner la victoire et d'écraser les forces d'Henri III.

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    Et que croyez vous qu'il fit, chère amie ?

    Rien, il congédia ses troupes pendant un mois pour filer à Nérac , plus au sud où l'attendait la belle Corisande.

    La liaison de Corisande et d'Henri durait depuis 1583 ; Mme de Gramont, duchesse de Guiche avait alors 32 ans; Henri, comme à d'autres, lui promit d'en faire sa reine quand il deviendrait roi - l'assassinat du duc de Guise en 1588 le rapprochait du trône - mais la pauvre Corisande fut bientôt effacée du coeur du Vert Galant par la toute jeune Gabrielle d'Estrées, une intrigante, elle, d'une toute autre envergure.
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    Diane  d'Andouins, comtesse de Gramont, duchesse de Guiche et sa fille
    Le séjour à Nérac ruina tous les espoirs de victoire " tellement qu'au bout de huit jours tous les fruits espérés d'une si grande et signalée victoire s'en allèrent en vent et en fumée, et, au lieu de conquérir, l'on vit toutes les choses dépérir" se lamenta Sully dans ses Mémoires.
    En effet, en huit jours, faute de leur jonction avec le vainqueur de Coutras , les princes allemands furent défaits par Guise près de Montargis, les Suisses se rendirent et, battus à nouveau en novembre par le duc de Guise, les Allemands quittèrent le royaume .
    Henri de Navarre, tout à sa passion, resta à Nérac dans le nid douillet de la belle Corisande jusqu'à la fin de l'année.

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    Henri de Navarre après sa victoire à Coutras (20 octobre 1587)
         
    Cela aurait pu lui servir de leçon ... Que nenni! comme la suite devait le montrer.

    Ainsi du siège de Chartres en 1591 qu'il entreprit pour céder aux caprice de la belle Gabrielle d'Estrées, une des grandes passions de sa vie dont il avait commencé la difficile conquête; Henri était le roi désigné par Henri III, le dernier des Valois, pour lui succéder ce qui ne laissait pas d'attiser l'intérêt de la famille d'Estrées dont la fille n'était rien mieux qu'un placement prometteur .

    Henri III assassiné par Jacques Clément en 1589, encore fallait il conquérir le royaume.

    L'intérêt du futur Henri IV était de créer en Normandie un couloir facilitant l'arrivée des renforts promis par l'Angleterre contre la ligue et les Guise; délaissant le siège de Paris, à cause de l'approche des Espagnols du duc de Parme, son intention était de s'emparer de Rouen.Il choisit de faire le siège de Chartres pour gagner - dit on - les faveurs de la famille d'Estrées .

    Mme de Sourdis  la tante de Gabrielle lui laissa entendre, dit la chronique - que la belle qui se faisait habilement désirer, serait toute à lui si M. de Sourdis, son oncle, retrouvait son gouvernorat de Chartres et si Antoine d'Estrées, le père, récupérait celui de la Fère dont les Ligueurs l'avaient évincé en 1589.

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    Gabrielle d'Estrées - un de ses multiples portraits 

     Chartres céda au bout de deux mois, en avril 1591, Gabrielle très peu de temps après (elle avait déjà cédé à tant d'autres!) quant à M.de Sourdis et à Antoine d'Estrées, ils retrouvèrent leur poste de gouverneur pendant que la logique des armes conduisait le roi à se diriger aussitôt sur Rouen .

    Et que croyez vous qu'il fit ?

    Il s'enferma pendant deux mois avec sa belle dans le chateau familial de Coeuvres au grand dam de ses généraux pour n'en sortir que pour aller faire le siège de Noyon en Picardie, à la demande de sa maîtresse qui voulait que la place soit donnée à son père, siège qui donna le temps aux Rouennais de se fortifier et de faire échouer son entreprise .

     Et voilà comment la petite histoire aide parfois à écrire la grande; il n'est pas seulement bon, chère lectrice, de croire qu'une femme puisse avoir autant d'influence sur un homme, il est fondé de le croire.

     

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     Henri IV (1553-1610)

     

    Evidemment, je joue sur du velours car dans ce registre, choisir l'exemple du bon Roi Henri, c'est un peu tricher; loin de moi l'idée de comparer le comportement et l'influence de la première dame de France à celui de Corisande, de la belle Gabrielle ou encore de la délicieuse abbesse de Montmartre, Catherine de Beauvillier, qui fit les délices du Vert Galant pendant le siège de Paris.

    Pour le salut de son âme, n'en doutons pas ! 

    Comme le disait gentiment le philosophe Fontenelle  (1657-1757 - eh oui, il mourut centenaire) : "la France doit tant aux femmes que pour les Français la galanterie est un véritable devoir de reconnaissance".